Information et mobilité (2/3): langages et dialectes

Après sa série sur la fluidité des usages , attoma se penchera pour trois semaines sur l’importance vitale de repenser l’information dans le domaine de la mobilité. Un thème que nous explorons au quotidien dans notre agence de design de services notamment au cours de nos missions pour les principaux acteurs du secteur, comme SNCF, RATP, Société du Grand Paris, Transdev, STIF, SYTRAL, Grand Lyon…

Précédemment: Information et mobilité (1/3): autonomiser les utilisateurs face au chaos urbain

La carte n’est pas le territoire… la somme des cartes non plus

En bons petits Homo sapiens , nous partageons tous la même tendance ancestrale à construire mentalement des cartes des territoires dans les nous évoluons. Ces cartes sont souvent fausses par rapport à la réalité géographique, mais elles font le travail, répondent à notre besoin de localisation et de planification à un moment donné. Elles ont, en ce sens, leur juste degré d’efficacité. Nous avons élaboré à partir de nos connaissances, de nos expériences, de nos modèles cognitifs et de nos modèles culturels, et elles sont ainsi parfaitement subjectives. En fait, elles sont plutôt le portrait de ce que nous sommes et de notre vision du monde, et n’ont pas grande choisi de voir avec le monde tel qu’il est réellement.

Dans certaines expériences que nous avons menées, nous avons demandé aux utilisateurs de dessiner la carte d’un même trajet, et nous avons essayé ensuite d’en superposer un certain nombre. Le territoire imaginaire qui est obtenu est fabuleux et riche d’enseignements, de par ses déformations, ses surreprésentations, ses oublis et sa richesse narrative. Sans surprise, nous avons vu de façon expérimentale que la somme d’un nombre de visions subjectives ne crée pas une carte objectif, non ambiguë et à même d’être partagée!

C’est parce qu’on vit à Babel: chacun pense et s’exprime dans un langage spatial différent, son dialecte à lui pour ainsi dire, et vaque à ses occupations dans la ville selon la cartographie singulière qui est la sienne. Pas de chance, l’immatérielle immatérielle est elle aussi polyglotte et vernaculaire: malgré une tendance de fond vers la normalisation des motifs interactifs, les applications de navigation présentent des interfaces différentes; les opérateurs continuent à penser et à agir comme des «marques», chacun avec son storytelling et son univers de signes; beaucoup de modes de transport recherchés encore de leur propre tarification, etc. Quels instruments donne-t-on à l’usager pour survivre ici à Babel?

Dans le métro à Hong Kong / Photo © Giuseppe Attoma Pepe, 2016

Tous en réhabilitation informationnelle!

Chez attoma nous échangeons souvent, dans le cadre de nos projets, avec des chercheurs en sciences cognitives. En particulier, nous avons mené des réflexions très stimulantes avec certains d’entre eux qui viennent du monde de la réhabilitation motrice. En quoi cela est pertinent avec la problématique de la complexité urbaine? L’idée est que la complexité de Babel nous pousse aux limites, voire au-delà, de nos capacités de traitement cognitif, et nous mets tous dans une situation constante de «réhabilitation», obligé que nous sommes à développer sans cesse des stratégies d ‘adaptation et de contournement de nœuds cognitifs surréalistes qui s’avèrent insurmontables pour nos modestes moyens de cueilleurs-chasseurs.

Cette hypothèse de travail plutôt iconoclaste nous amène à développer des protocoles d’immersion et d’observation d’usage un peu plus «funky» et originaux que ceux pratiqués s’exécutent, nous permettant de tirer des enseignements et des insights précieux des heuristiques – approximations expérimentales – que les utilisateurs se déplacent spontanément, et tirent des idées qui peuvent structurer nos réponses en termes de conception. Par exemple, quid de la notion de «réseau de transport» dans la carte mentale d’un voyageur qui emprunte les mêmes deux lignes depuis vingt ans? Quid de la notion de territoire, quand en fait sur le connaît seulement sous la forme d’un plan de modes ferrés à l’échelle d’une métropole? Pour rester en Île-de-France,

Ainsi, vivre à Babel c’est sympa et ça peut présenter certains avantages, mais même en déployant les armées de designers d’information, sur ne pourra jamais éviter d’avoir à jongler entre une multitude de langues et de dialectes, car la variété des codes et des représentations qui nous entoure, n’est que le reflet de l’incohérence intrinsèque de toute construction humaine complexe.

Nous verrons dans notre prochain article commenter introduire un minimum de simplicité dans le système, en modélisant les critères de hiérarchisation et de priorisation des usages et des informations.

Article suivant: Information et mobilité (3/3): penser des systèmes pour les humains

Dans le métro à New York / Photo © Giuseppe Attoma Pepe, 2016

Giuseppe a crée l’agence attoma à Paris en 1997, après des premières expériences variées dans le milieu extraordinairement riche et stimulant du design milanais des années ’90. Depuis, attoma est devenue une référence dans le domaine du design de services, dont elle a été l’un des pionniers en France, et du design de l’expérience. Tout au long de sa carrière, Giuseppe a été porté par une curiosité inépuisable et par la conviction inébranlable que le design peut réellement contribuer à construire un monde plus facile à vivre, plus inclusif, plus durable, et finalement plus beau. En 2019, Giuseppe a décidé de rejoindre le groupe Assist Digital, avec lequel il a trouvé une résonance évidente concernant l’attention portée à la qualité des relations humaines et à l’engagement éthique dans le business.

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